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Ce que les start-ups ont à apprendre des PME… et vice-versa

Le 17 novembre 2021 par Maïlys Tokarski

10 ans qu’elles se regardent dans le blanc des yeux. Obligées de se côtoyer sur les salons entrepreneuriaux, un jour concurrentes, le lendemain partenaires, les PME et les start-ups n'ont pas toujours été tendres les unes envers les autres.

Depuis quelques années, des acteurs publics et privés jouent les médiateurs pour les aider à mieux collaborer. C’est le cas de la Confédération des petites et moyennes entreprises du Rhône (CPME), qui a lancé avec CPME for start-up à Lyon un programme dédié au partage d'expérience. En tant que partenaire privilégié des entrepreneurs, Qonto ne pouvait qu’apporter son soutien à cette initiative. Notre invité Cyril Ihssan, à la tête du dispositif, nous a aidés à décrypter quelques clichés.

« Les start-ups, ce n’est que du vent »

❌ FAUX

« La nouvelle économie est une réalité, qu’on le veuille ou non. Elle représente du chiffre d’affaires, de la production, de l’effectif. Les start-ups contribuent aujourd'hui à l’économie de notre territoire », défend Cyril Ihssan. Les start-ups n’ont rien d’un fantasme ou d’une mode ; elles reposent seulement sur un modèle de financement inversé par rapport aux PME traditionnelles, de la levée de fonds à la rentabilité.

Aux sources de ce préjugé : une certaine amertume des dirigeant(e)s qui souhaitaient contracter des prêts pour soutenir leur croissance et se voyaient opposer des refus de la part des banques ou des investisseurs, trop concentrés sur les start-ups, plus glamours. Un regard qui évolue aujourd’hui avec une prise de conscience : les start-ups peuvent non seulement réussir, mais devenir des leviers de développement.

« Elles se sentent supérieures »

✅ VRAI (et réciproquement)

« L’un de nos sujets, c’est le complexe de supériorité du super-patron, explique Cyril. Un patron n’est pas censé tout savoir, mais cette conception va à l’encontre de l’image de superhéros qu’il/elle avait dans les années 1980-2000, et prend du temps à déconstruire. » D’autant que face à des éléments d’organisation ou des outils éloignés de la manière traditionnelle de travailler, certain(e)s se sentiront gêné(e)s d’avouer leur incompréhension, de peur de se retrouver en situation d’infériorité.

Et cela vaut aussi côté start-ups : « Ce n’est pas forcément une question d’âge mais d’expérience ou de maturité dans la vie entrepreneuriale. Certains profils peuvent arriver en mode 'je vais vous faire la messe' et assener des choses assez violentes sans même s’en rendre compte… » L’équilibre entre posture d'humilité et syndrome du sauveur est parfois délicat.

L’une des solutions consiste à reconnaître les interactions entre l’offre existante et la nouvelle. « Beaucoup de start-ups créent de la valeur en se connectant à un existant déjà hyper solide. Sans les organisations actuelles, leur offre n’existerait pas. On ne peut pas prétendre révolutionner le secteur alors qu’on n’est qu’un maillon de la chaîne de valeur ! » À chacune de reconnaître sa dépendance à l’autre.

« Les start-ups n’ont d’yeux que pour les grands groupes »

✅ VRAI (à tort)

« Les start-ups se focalisent sur les grands groupes en pensant qu’ils sont leur salut, alors qu’en réalité ce sont leurs premiers bourreaux… » déplore Cyril. En cause : l’inertie et le rythme incompatible entre start-up et grande entreprise. « Pour travailler ensemble, elles vont devoir pivoter 3 fois en 6 mois, mettre toutes leurs ressources pour arriver à répondre aux besoins du compte, pour apprendre au final que la politique interne a changé et qu'elles ont travaillé à perte. Et là, elles sont mortes parce qu'elles n'ont plus de liquidités alors que le groupe y a consacré zéro budget. »

Cyril suggère donc aux jeunes pousses de se tourner vers les PME, beaucoup plus proches en termes de fonctionnement. « Lorsqu’une PME s’intéresse à une start-up, le patron va directement s’impliquer, y mettre les ressources. Et lorsqu’il s’engage, il/elle trouvera une solution pour aller au bout. La chance pour que tout le monde y trouve son avantage est quand même beaucoup plus élevée ! » Une association d’autant plus porteuse de valeur que de nombreuses PME ont déjà développé des relations de longue date avec les groupes visés par les start-ups, et peuvent un jour amener les secondes à collaborer avec les premiers.

« Les PME ne comprennent rien au digital »

❌ FAUX

La problématique est surtout sémantique. « Les start-ups ont des concepts intrinsèques qu’elles déploient avec beaucoup de naturel alors qu'ils ne sont pas forcément perceptibles de manière pragmatique par les PME. » Cyril illustre son propos d’exemples marketing, comme la logique du « opt-in » (lorsqu’un internaute donne son accord pour recevoir une newsletter) ou la création de communautés. « La première réaction de la PME va être : ce n’est pas opérable. En fait si, mais il lui manque des briques… »

D’où le rôle essentiel de la facilitation. En mettant en relation start-ups et PME, soit dans le cadre d’ateliers collectifs, soit en pilotant des expérimentations en binôme, la CPME du Rhône aide les unes et les autres à co-construire. Non sans peine : « Je me souviens du coup de fil d’un dirigeant suite à une première rencontre : 'Mais c'est du délire la manière dont elle veut qu’on travaille !' Et 5 minutes après l’appel de la start-up pour me dire exactement la même chose... » s’amuse Cyril.

Pour sortir de ces incompréhensions, rien ne vaut l’échange : « Nos évènements type MIX’&VOUS, auquel a récemment participé Qonto, permettent aux patrons de se rendre compte à quel point ils pensent, travaillent, gagnent de l’argent ou même considèrent leur empreinte écologique différemment. Tous pensent être dans un mode d’ouverture et se rendent compte qu'en fait, ils restent entre eux. » Un déclic nécessaire pour apprendre à s’écouter et s'inspirer mutuellement.

Retrouvez toutes les activités de la CPME du Rhône sur son site internet : actualités du réseau, évènements, formations, webinaires... et bientôt des ateliers organisés par Qonto sur la création d'une entreprise en ligne, la rédaction des statuts et le dépôt du capital social.

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